Full text: Oeuvres illustrées

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
56 
Non,-mon ami, vous devez connaitre 80n ceuY, Vous; devez Savoir 
combien elle prefere 500 amour a Sa vie. 5e erains, j6-crains trop (Jal 
ajoute ces mots, je le N'avoue) qu'elle ne le prefere bientot ä tout, 
Croyez done qu'elle espöre, puisqw'elle consent a vivre : eroyez que les 
Soins que Ja prudence Iui dicte vous regardent plus qu'il ne semble, etl 
welle ne se respecle pas moins pour. vous que pour elle-möme. Alors 
Jai tire ta derniere lettre ; et, Iut montrant. les lendyes esperances de 
cette fille aveuglee qui eroit n'avoir plus d'amour, j'ai ranime les Sien- 
nes ä cette douce chaleur. Ce peu de lignes Semblait distiller un baume 
Salutaire Sur-Sa blessure envenimee. J'ai vu 8es regards S'adoucir et Ses 
yeux S'humecter ; j'ai vu Yattendrissement Succeder par degre au des- 
espoir ; mais ces derniers mots si touchants, tels que ton cour les Sait 
dire, nous ne vivrons pas longlemps s€pares, 1'ont ſait ſondre en lar- 
mes. Non, Julie, ma Julie, a-t-il dit en elevant la voix et baisant Ja 
lettre, nous ne Vivrons pas longtemps SEepares ; le eiel unira nos destins 
Sur la terre, ou nos coeurs dans le SCjour efernel. 
+ (Yetait 1a Vetat ou je 'ayais Souhaite. Sa Seche et Sombre donleur 
minquidtait. Je nel'aurais pas laisse partir dans cette Situation d'eSprit; 
mais Sitöt que je 1'ai vu pleurer, et.que j'ai entendu lon nom-cheri Sor 
lir de 8a bouche avec douceur, je n'ai pljus-craint pour Sa vie; car rien 
n'est moins tendre que 
le desespoir. Dans cet in- 
Stant 4 a tire de 1'emo - 
tion de 50n cur une 
objection que je mavais 
pas preyue. Il m'a parle 
de VYetat ou tu SOUPCON- 
nais d'elre, jurant qu'il 
mourraitplutöt mille fois 
que de t'abandonner ä 
tous les perils qui t'al- 
laient menacer. Je m'ai 
eu garde de Jui parler de 
tonaccident ; je Jui ai dit 
Simplement que ton at- 
tente avait: encore 6t€ 
trompee , et qu'il n'y 
avait plus rien a espe- 
Ter. Ainsi, DY a-t4l dit en 
Soupirant, il ne restera 
Sur la terre aucun monu- 
ment de mon bonheur ; 
il a disparu- comme un 
SOonge quin'eut jamaisde 
realite. 11 me restait ä 
executer la derniere par- 
tie de ta commission, et 
je n'ai pas cru qu'apres 
l'union dans Jaquelle 
vous avez vecu, il fallüt 
a cela ni preparatif ni 
Mystere. Je n'aurais pas 
meme Evite un peu d'al- 
tercation Sur ce leger Su- 
jet, pour eluder celle qui 
pourrait renaitre Sur ce- 
lui de notre entretien. 
Je lui ai reproche 8a.n6- 
gligence dans le S0in de 
Ses allaires. Je Iui ai dit 
que tu. craignais que de 
longtemps il ne füt plus 
Soigneux, et qu'en atten- 
dant qu'il le devint, tu 
Jui ordonnais de Se con- 
Server pour toi, de pour- 
voir mieux a Ses -be- 
Soins, et de 8e charger a 
cet eſfet du leger Sup- 
plement que j'avais 3 Jui 
remeltre de ta part. II 
n'ani paru humilie de 
celte proposition, ni pre&- 
tenduenfaireuneaſſaire. 
11 m'a dit Simplement que (u Savais bien que rien ne Jui venait de toi 
qu'il ne rect avec Iransport ; mais que la precaulion &tait Superllue, et 
quune petite maison qu'il venait de vendre a Granson, reste de Son 
ehetif patrimoine, lui avait produit plus d'argent qw'il wen avait PoSSEdE 
de Sa vie. D'ailleurs, a-(-il ajoute, j'ai quelques talents dont je puis li- 
7er partout des resSources, Je Serai trop heureux de trouver dans leur 
CXCreice quelque diversion ä mes maux; et depnis que j'ai vu de 8 
pres T'uSäge que Julie fait de 50n Superflu, je le regarde comme le tr6gor 
Sacre de 1a veuve et de Vorphelin, dont 'humanite ne me permet pas 
de rien aliener. Je Ini ai rappel Son voyage du Valais, ta lettre, el la 
Precision de tes ordres. Les memes raisons Subsistent... Les mömes ! 
 
 
 
Julie eur les genoux de Son pöre. == 187, 1xm, 
LA NOUVELLE HELOISE. 
 
a-(-il interrompu d'un ton d'indignation. La: peine.de mon refus Etait 
de ne la plus voir : qu'elle me laisse donc rester, et] DESU Din 
beis, pourquoi me punit-elle? Si je reluse, que me fera-t-elle de pis... 
Les meme ! rEpetait-il avec impatience. Notre union commencait ; eile 
est prete“ a finir ; peut-8tre vais-je pour jamais me Sparer delle ; il 
-0y a-plus rien de commun entre elle et moi; nous allons Elre Etran- 
gers l'un ä V'autre. 1 a prononce ces derniers mols avec un tel Serre= 
ment de eur, que j'ai tremble de le voir retomber. dans Vetat: d'ou 
Pavais eu tant de peine 4 le Lirer.. Yous 6tes un enfant, ai-je aſſecte-de 
Ini dire d'un air riant; vous avez encore besoin d'un tuteuyr, et je veux 
dre le vdtre. de vais garder ceci; et pour en disposer 4 propos dans 
1e commerce que nous allons avoir ensemble, je veux Etre instruite de 
toutes vos affaires: Je-tächais de delourner ainsi Ses idees ſunestes par 
eclle d'une correspondance familiere „continuee: entre nous; et celte 
ame Simple, qui ne cherche, pour ainsi dire, qu'a S'acerocher a ce qui 
Venvironne, a pris aiscment Je-change. Nous nous Sommes ensuile ajus- 
les pour les adresses de lettres; et-comme ces mesures ne, pouvalent 
que lui etre agreables, j'en ai prolonge Je detail jusgu'a V'arrivee de 
M. d'Orbe? qui m'a fait Signe que tout elait pret. 
Ton ami-a [acilepent compris.de quoi il s'agisSait; il a ingtamment 
: demande at'eerire, mais 
je me Suis gardee de- le 
permetire. Je prevoyais 
qu'un exces d'altendris- 
Sement- lui relächerait 
trop le cemur, et qu'a 
peine Serait-il au milieu 
de Sa lettre qu'il n'y au- 
rait plus moyen de Ile 
faire partir. Tous les de- 
lais Sont- dangereux, lui 
ai=je dit; hätez= vous 
d'arriver 4a la premiere 
Station, d'oü vous pour- 
rez Jui &erire 4 volre 
aise. En disant cela, j'ai 
fait Signe a M. d'Orbe ; 
je mie Suis avanc6e, et, 
Ie emur gros. de Sau- 
glots, j'ai colle mon vi- 
8age Sur le Sien : je Mai 
plus. Su. ce qu'il deve- 
nait; les larmes m'ofius- 
quaient Ja vue, ma tete 
commengait a se perdre, 
et il etait temps gue mon 
röle finit. 
Un moment apres je 
les ai entendus descen- 
dre precipitamment. Je 
Suis Sortie Sur le palier 
pour les Suivre« des 
yeux. (le dernier trait 
manquait 4 mon trouble. 
Pai vu 'inSense Se jeter 
a genoux au milieu de 
Pescalier, en baiser mille 
fois. les. marches , et 
d'Orbe pouvoir 3 peine 
V'arracher de cette froi- 
de pierre qu'il presgait 
de 80n corps, de la tete 
et des bras en pous- 
Sant de longs gemisse- 
ments. J'ai -Senti les 
miens prets . d'eclater 
malgr6 . moi, et je Suis 
brusquement rentree , 
de peur de donner une 
Scene a toute Ja mai- 
SON. 
A quelques instanls de 
1a, M. d'Orbe est. reve- 
LEAD Dtn 01 5 0 4 Dutenant 80n .mouchoir 
SUI SCS yeux. == Cen est ſait, m'a-t-il dit, ils Sont en route. En arrivant 
ehez Jui, votre ami a trouv6 la chaise 4 8a porte, Milord Edouard 1'y at- 
tendait aussi; ila couru au-deyant de Jui, et. le Serrant contre Sa poi- 
Du Y 1zpe1 Bous infortune, lui a-t-il dit d'un ton penetre, viens 
MEEK EUERN NG < eur qui 1 aime. Wiens; tu 8enliras peut- 
in q ? 4 | ut per iu Sur la terre, quand on y retrouve un ami 
er que moi. A linslant, ila porte d'un bras vigoureux dans la chaise, 
etils Sont parlis en 86 tenant 6troitement embrasses. 
 
 

	        
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.