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Non,-mon ami, vous devez connaitre 80n ceuY, Vous; devez Savoir
combien elle prefere 500 amour a Sa vie. 5e erains, j6-crains trop (Jal
ajoute ces mots, je le N'avoue) qu'elle ne le prefere bientot ä tout,
Croyez done qu'elle espöre, puisqw'elle consent a vivre : eroyez que les
Soins que Ja prudence Iui dicte vous regardent plus qu'il ne semble, etl
welle ne se respecle pas moins pour. vous que pour elle-möme. Alors
Jai tire ta derniere lettre ; et, Iut montrant. les lendyes esperances de
cette fille aveuglee qui eroit n'avoir plus d'amour, j'ai ranime les Sien-
nes ä cette douce chaleur. Ce peu de lignes Semblait distiller un baume
Salutaire Sur-Sa blessure envenimee. J'ai vu 8es regards S'adoucir et Ses
yeux S'humecter ; j'ai vu Yattendrissement Succeder par degre au des-
espoir ; mais ces derniers mots si touchants, tels que ton cour les Sait
dire, nous ne vivrons pas longlemps s€pares, 1'ont ſait ſondre en lar-
mes. Non, Julie, ma Julie, a-t-il dit en elevant la voix et baisant Ja
lettre, nous ne Vivrons pas longtemps SEepares ; le eiel unira nos destins
Sur la terre, ou nos coeurs dans le SCjour efernel.
+ (Yetait 1a Vetat ou je 'ayais Souhaite. Sa Seche et Sombre donleur
minquidtait. Je nel'aurais pas laisse partir dans cette Situation d'eSprit;
mais Sitöt que je 1'ai vu pleurer, et.que j'ai entendu lon nom-cheri Sor
lir de 8a bouche avec douceur, je n'ai pljus-craint pour Sa vie; car rien
n'est moins tendre que
le desespoir. Dans cet in-
Stant 4 a tire de 1'emo -
tion de 50n cur une
objection que je mavais
pas preyue. Il m'a parle
de VYetat ou tu SOUPCON-
nais d'elre, jurant qu'il
mourraitplutöt mille fois
que de t'abandonner ä
tous les perils qui t'al-
laient menacer. Je m'ai
eu garde de Jui parler de
tonaccident ; je Jui ai dit
Simplement que ton at-
tente avait: encore 6t€
trompee , et qu'il n'y
avait plus rien a espe-
Ter. Ainsi, DY a-t4l dit en
Soupirant, il ne restera
Sur la terre aucun monu-
ment de mon bonheur ;
il a disparu- comme un
SOonge quin'eut jamaisde
realite. 11 me restait ä
executer la derniere par-
tie de ta commission, et
je n'ai pas cru qu'apres
l'union dans Jaquelle
vous avez vecu, il fallüt
a cela ni preparatif ni
Mystere. Je n'aurais pas
meme Evite un peu d'al-
tercation Sur ce leger Su-
jet, pour eluder celle qui
pourrait renaitre Sur ce-
lui de notre entretien.
Je lui ai reproche 8a.n6-
gligence dans le S0in de
Ses allaires. Je Iui ai dit
que tu. craignais que de
longtemps il ne füt plus
Soigneux, et qu'en atten-
dant qu'il le devint, tu
Jui ordonnais de Se con-
Server pour toi, de pour-
voir mieux a Ses -be-
Soins, et de 8e charger a
cet eſfet du leger Sup-
plement que j'avais 3 Jui
remeltre de ta part. II
n'ani paru humilie de
celte proposition, ni pre&-
tenduenfaireuneaſſaire.
11 m'a dit Simplement que (u Savais bien que rien ne Jui venait de toi
qu'il ne rect avec Iransport ; mais que la precaulion &tait Superllue, et
quune petite maison qu'il venait de vendre a Granson, reste de Son
ehetif patrimoine, lui avait produit plus d'argent qw'il wen avait PoSSEdE
de Sa vie. D'ailleurs, a-(-il ajoute, j'ai quelques talents dont je puis li-
7er partout des resSources, Je Serai trop heureux de trouver dans leur
CXCreice quelque diversion ä mes maux; et depnis que j'ai vu de 8
pres T'uSäge que Julie fait de 50n Superflu, je le regarde comme le tr6gor
Sacre de 1a veuve et de Vorphelin, dont 'humanite ne me permet pas
de rien aliener. Je Ini ai rappel Son voyage du Valais, ta lettre, el la
Precision de tes ordres. Les memes raisons Subsistent... Les mömes !
Julie eur les genoux de Son pöre. == 187, 1xm,
LA NOUVELLE HELOISE.
a-(-il interrompu d'un ton d'indignation. La: peine.de mon refus Etait
de ne la plus voir : qu'elle me laisse donc rester, et] DESU Din
beis, pourquoi me punit-elle? Si je reluse, que me fera-t-elle de pis...
Les meme ! rEpetait-il avec impatience. Notre union commencait ; eile
est prete“ a finir ; peut-8tre vais-je pour jamais me Sparer delle ; il
-0y a-plus rien de commun entre elle et moi; nous allons Elre Etran-
gers l'un ä V'autre. 1 a prononce ces derniers mols avec un tel Serre=
ment de eur, que j'ai tremble de le voir retomber. dans Vetat: d'ou
Pavais eu tant de peine 4 le Lirer.. Yous 6tes un enfant, ai-je aſſecte-de
Ini dire d'un air riant; vous avez encore besoin d'un tuteuyr, et je veux
dre le vdtre. de vais garder ceci; et pour en disposer 4 propos dans
1e commerce que nous allons avoir ensemble, je veux Etre instruite de
toutes vos affaires: Je-tächais de delourner ainsi Ses idees ſunestes par
eclle d'une correspondance familiere „continuee: entre nous; et celte
ame Simple, qui ne cherche, pour ainsi dire, qu'a S'acerocher a ce qui
Venvironne, a pris aiscment Je-change. Nous nous Sommes ensuile ajus-
les pour les adresses de lettres; et-comme ces mesures ne, pouvalent
que lui etre agreables, j'en ai prolonge Je detail jusgu'a V'arrivee de
M. d'Orbe? qui m'a fait Signe que tout elait pret.
Ton ami-a [acilepent compris.de quoi il s'agisSait; il a ingtamment
: demande at'eerire, mais
je me Suis gardee de- le
permetire. Je prevoyais
qu'un exces d'altendris-
Sement- lui relächerait
trop le cemur, et qu'a
peine Serait-il au milieu
de Sa lettre qu'il n'y au-
rait plus moyen de Ile
faire partir. Tous les de-
lais Sont- dangereux, lui
ai=je dit; hätez= vous
d'arriver 4a la premiere
Station, d'oü vous pour-
rez Jui &erire 4 volre
aise. En disant cela, j'ai
fait Signe a M. d'Orbe ;
je mie Suis avanc6e, et,
Ie emur gros. de Sau-
glots, j'ai colle mon vi-
8age Sur le Sien : je Mai
plus. Su. ce qu'il deve-
nait; les larmes m'ofius-
quaient Ja vue, ma tete
commengait a se perdre,
et il etait temps gue mon
röle finit.
Un moment apres je
les ai entendus descen-
dre precipitamment. Je
Suis Sortie Sur le palier
pour les Suivre« des
yeux. (le dernier trait
manquait 4 mon trouble.
Pai vu 'inSense Se jeter
a genoux au milieu de
Pescalier, en baiser mille
fois. les. marches , et
d'Orbe pouvoir 3 peine
V'arracher de cette froi-
de pierre qu'il presgait
de 80n corps, de la tete
et des bras en pous-
Sant de longs gemisse-
ments. J'ai -Senti les
miens prets . d'eclater
malgr6 . moi, et je Suis
brusquement rentree ,
de peur de donner une
Scene a toute Ja mai-
SON.
A quelques instanls de
1a, M. d'Orbe est. reve-
LEAD Dtn 01 5 0 4 Dutenant 80n .mouchoir
SUI SCS yeux. == Cen est ſait, m'a-t-il dit, ils Sont en route. En arrivant
ehez Jui, votre ami a trouv6 la chaise 4 8a porte, Milord Edouard 1'y at-
tendait aussi; ila couru au-deyant de Jui, et. le Serrant contre Sa poi-
Du Y 1zpe1 Bous infortune, lui a-t-il dit d'un ton penetre, viens
MEEK EUERN NG < eur qui 1 aime. Wiens; tu 8enliras peut-
in q ? 4 | ut per iu Sur la terre, quand on y retrouve un ami
er que moi. A linslant, ila porte d'un bras vigoureux dans la chaise,
etils Sont parlis en 86 tenant 6troitement embrasses.